Alors que la santé mentale a été déclarée Grande Cause Nationale 2025… et 2026, le 15e baromètre Empreinte Humaine, réalisé avec Ipsos BVA, révèle une situation toujours alarmante en entreprise. Près d'un salarié sur deux est en détresse psychologique. Décryptage et pistes d'action pour les RH et responsables RSE.

©mediensturmer Unsplash
En 2025, la santé mentale au travail n'est plus un sujet tabou, mais elle reste un défi colossal pour les organisations. Malgré une prise de conscience globale, les chiffres issus de la 15e édition du baromètre sur la santé mentale des salariés français, réalisé par Ipsos BVA pour Empreinte Humaine, publié en novembre dernier, confirment que la pression ne retombe pas.
Pour les responsables RSE et les directions des ressources humaines, ces résultats ne sont pas seulement des statistiques : ils sont le reflet d'une usure professionnelle qui impacte directement la performance globale, l'absentéisme et la marque employeur. Si la conformité légale impose la prévention des risques psychosociaux (RPS), l'enjeu actuel est de passer d'une logique de réaction à une véritable culture de la prévention.
État des lieux 2025 : une détresse psychologique qui s'installe
Le premier constat du baromètre est sans appel : 47 % des salariés français se déclarent en situation de détresse psychologique. Un chiffre en hausse de 2 points par rapport à mars 2025. Parmi ces salariés, 14 % se disent en “détresse élevée”, 32 % s'estiment en risque de burn-out et 12 % de burn-out sévère.
Les populations les plus fragiles
Le baromètre souligne que certaines catégories sont particulièrement exposées. Les moins de 30 ans (55 %) et les femmes (54 %) affichent des taux de détresse supérieurs à la moyenne. Chez les jeunes, cette fragilité s'explique souvent par une entrée dans la vie active sous une pression de performance accrue et une perte de sens face aux crises globales. Du côté des managers, la situation est tout aussi critique : 45 % d'entre eux sont en détresse, souvent pris en étau entre les exigences de la direction et les besoins de leurs équipes.
Quand le psychologique devient physique
L'enseignement majeur de cette 15e édition est la corrélation étroite entre santé mentale et santé physique. Plus d'un salarié sur deux (52 %) souffre de douleurs musculosquelettiques (TMS) et 49 % déclarent des troubles du sommeil. Pour le responsable RSE, cela signifie que la santé doit être traitée de manière holistique : on ne peut plus séparer l'ergonomie du poste de travail de la charge mentale associée aux missions.
Le travail comme cause première : le rôle pivot de l'organisation
Le baromètre révèle que 7 salariés sur 10 lient leur état psychologique directement à leur travail. Ce n'est donc pas la fragilité individuelle qui est en cause, mais bien l'organisation collective.
La crise silencieuse de la solitude au travail
L'un des enseignements les plus marquants de novembre 2025 est la montée en puissance de l'isolement. Malgré le retour partiel au bureau, le sentiment de solitude au travail devient une "crise silencieuse". Le manque de soutien entre collègues et la dilution du collectif, parfois accentués par un travail hybride mal encadré, sont des facteurs aggravants de la détresse.
La sécurité psychologique, un rempart sous-exploité
Seulement 10 % des salariés évoluent dans un environnement de "sécurité psychologique élevée". Pourtant, là où cette sécurité existe, le taux de détresse chute à 5 %. La sécurité psychologique — soit la capacité de s'exprimer, de faire des erreurs ou de signaler un problème sans crainte de représailles — apparaît comme le levier le plus puissant pour protéger les équipes. Le service RSE a ici un rôle clé pour transformer la culture managériale en un espace de parole sécurisé.

©brooke-cagle Unsplash
Leviers d'action : comment les RH et la RSE peuvent transformer la donne ?
Face à ce constat, quelques leviers concrets qui permettent de réduire la détresse psychologique au sein d'une organisation.
1. Sortir de l'individualisation des risques
L'erreur fréquente consiste à proposer des solutions individuelles (séances de sport, applications de méditation) pour répondre à des problèmes organisationnels. Le responsable RSE doit replacer le débat sur le terrain du "travail réel". Cela implique d'auditer la charge de travail, de clarifier les priorités et de redonner de l'autonomie aux collaborateurs. La reconnaissance, qu'elle soit financière ou symbolique, reste également le premier moteur de protection psychologique.
2. Professionnaliser la prévention et l'écoute
Moins d'une entreprise sur deux propose aujourd'hui un accompagnement psychologique dédié. Pourtant, la mise en place de dispositifs d'aide (lignes d'écoute, psychologues du travail) fait bondir le sentiment de sécurité. Pour le service RSE, il s'agit d'intégrer la santé mentale dans le pilotage stratégique (critères ESG) et de former les managers non pas à devenir des "thérapeutes", mais à savoir détecter les signaux faibles et à orienter les collaborateurs vers les bonnes ressources.
Guide pratique : 5 actions prioritaires pour 2026
Suite aux enseignements du baromètre, voici comment agir concrètement :
- Lancer un baromètre interne régulier : Ne vous contentez pas des chiffres nationaux. Mesurez l'état psychologique de vos propres équipes pour identifier les services en "zone rouge".
- Former à la sécurité psychologique : Organisez des ateliers pour les CODIR et les managers sur l'importance du droit à l'erreur et de l'écoute active.
- Encadrer le travail hybride : Co-construisez une charte de déconnexion et de coopération pour éviter que le télétravail ne devienne synonyme d'isolement ou de surcharge.
- Valoriser le rôle du manager de proximité : Donnez-leur les moyens (temps et outils) d'animer des espaces de discussion sur le travail réel plutôt que sur le simple reporting.
- Intégrer la santé mentale dans le rapport RSE : Faites de la santé mentale un indicateur de performance durable au même titre que l'empreinte carbone.
Les résultats du 15e baromètre Empreinte Humaine confirment que la santé mentale est un enjeu majeur : les entreprises doivent passer de la gestion de l'urgence à la construction d'une organisation qui protège. Car une société qui prend soin de la tête de ses salariés est, in fine, une entreprise plus résiliente, plus attractive et plus performante.
